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Les chemins d'Hermès
Petit Pont Gérouard
35120 Dol de Bretagne
Le kâma sûtra, écrit aussi kâmasûtra ou kamasoutra, est une
doctrine indienne, c'est-à-dire une règle de vie. En Occident, nous
déformons cette doctrine en l'assimilant uniquement à des positions
sexuelles alors que ces dernières sont une infime partie de cette
philosophie. Le kâma sûtra est un art d'aimer avant tout entre un
homme et une femme. Et je vous délivre succinctement en quoi se résume
le kâma sûtra de Vâtsyâyana, ensuite je suis persuadée que vous
souhaiterez vous instruire plus profondément de cette doctrine...
Le Grand Larousse Universel définit comme suit le kâma sûtra :
Traité des règles de l’amour, écrit en sanskrit par Vâtsyâyana
entre le 6ème et le 7ème siècles. Malgré son
caractère érotique, il entre dans la littérature religieuse de
l’Inde. La partie relative aux mariages, aux unions permises et défendues,
aux devoirs du mari et de la femme est identique aux prescriptions des
lois de Manu.
Avant de connaître ce en quoi se compose le kâma sûtra, il faut
tout d'abord savoir ce que veut dire kâma.
Le terme sanscrit « kâma » couvre à peu près le même
champ sémantique que le grec « erôs » : s’y
combinent pour former des configurations variables suivant les textes
et les contextes, les notions de « désir » et de « plaisir ».
Le « kâma » sanscrit est avant tout le désir du plaisir
sexuel. Il fait l’objet, dans la tradition indienne, d’un savoir
codifié (sâstra), pour autant seulement qu’il traite non de
l’essence et des manifestations du désir, mais des techniques de la
volupté sexuelle et des raffinements de tout ordre qui la favorisent
ou l’accompagnent. Ce savoir est consigné dans un grand nombre
d’ouvrages dont le plus systématiquement didactique est le célèbre
Kâmasûtra de Vâtsyâyana; il est aussi illustré, de la manière la
plus directe qui soit, dans la peinture et la sculpture. Le domaine
ainsi délimité se ramène à l’examen des conditions
physiologiques, accessoirement psychologiques, de la production du
plaisir érotique, étant bien entendu que les êtres destinés à éprouver
ce plaisir sont un homme et une femme formant un « mithuna »,
un couple d’amants (les autres combinaisons, si la sculpture les
donne à voir assez volontiers, ne sont que très exceptionnellement
évoquées dans les textes).
Ainsi envisagé, le « kâma » est un des trois grands
mobiles de l’action humaine, un des « buts de l’homme »
(purusârtha ), le troisième dans l’ordre hiérarchique :
dans le système de pensée hindou (et indien), le plaisir sensuel
est, en principe, inférieur en dignité à « l’artha »,
qui est richesse et pouvoir; « l’artha », à son tour,
est inférieur au « dharma », à l’ordre socio-cosmique
et aux observances qui en dérivent. Mais le « kâma » du
« kâmasûtra » n’est qu’un des versants du Désir-(de)-Plaisir.
L’amour, saisi non plus dans l’accomplissement de la jouissance ou
dans les préparatifs techniques immédiats qui la rendent possible,
mais dans l’élan et les tourments du désir, s’il n’entre pas
dans le champ du « kâmasûtra », est le thème majeur de
la grande poésie sanscrite et de toute la littérature indienne. La
jouissance elle-même non plus simplement et abstraitement désignée
comme le terme auquel doivent conduire les procédures appropriées,
mais décrite tout à loisir comme un état, est le motif
d’innombrables analyses et méditations qui en font soit
l’analogue, soit même le moyen privilégié (dans le tantrisme
notamment) de la fusion mystique avec l’Un. D’autre part, si
l’ascétisme, en Inde comme ailleurs, est la volonté de résister
à la tentation des plaisirs et même de dominer ses besoins, il faut
prendre garde que le sexe érigé de l’ascète « ûrdhvamanthin »
(à la fois continent et ithyphallique) est un emblème de la tension
qui le porte vers l’absolu en même temps qu’un signe de sa maîtrise
sur son corps.
Dans la liste des trois « buts de l’homme », le « kâma »,
on l’a vu, occupe le troisième rang. Mais les « buts de
l’homme » sont en fait quatre : il y a, en outre « moksa »
(la quête de la délivrance), de cet état auquel on ne parvient
qu’une fois débarrassé du poids des actes.Qu’en est-il des rapports entre « kâma » et ce
quatrième « but » qui ne s’ajoute pas à la série des
trois, mais la transcende ? « kâma » est, d’une
part, l’antagoniste de « moksa » : le désir est
par excellence l’obstacle qu’il faut éliminer pour atteindre la délivrance,
puisque les actes ne sont générateurs de « karman » et
ne remettent en mouvement la roue des renaissances que parce qu’ils
ont pour mobile la satisfaction de désirs, cela est vrai tout
particulièrement pour le type même de l’acte, l’acte sacrificiel :
travailler à gagner la délivrance, ce n’est pas s’abstenir
totalement d’agir (chose impossible), c’est brûler la racine du désir
qui détermine l’acte. Mais, d’un autre côté, l’aspiration à
la délivrance procède elle-même d’un désir, comme le montre la
forme du terme « moksa » qui est un substantif désidératif
tiré de la racine verbale MUC, « délivrer » : il y
a donc au moins un désir qu’on ne doit pas détruire, c’est le désir
d’éliminer les désirs. Exalté ou combattu, le plus souvent engagé
dans une spéculation dialectique où il est à la fois exalté et
combattu, le « kâma » est de toute façon au centre des
raisonnements indiens sur l’homme : c’est à bon droit que
Madeleine Biardeau reconnaît dans l’hindouisme « une
anthropologie du désir ».
Le « kâma » est donc, d’une part, l’amour, et, plus
particulièrement, le désir amoureux; d’autre part, toute espèce
de désir. Le problème est de comprendre le rapport entre le sens
large et le sens étroit. Le désir amoureux n’est-il qu’un cas
particulier du désir indifférencié ? Ne convient-il pas, plutôt,
de penser que les autres désirs sont des variantes ou des
prolongements du désir amoureux, ou, du moins, que c’est parce que
l’homme est habité, structuré par le désir amoureux qu’il peut
concevoir d’autres désirs que celui de la jouissance érotique,
l’infinie variété des biens matériels et spirituels ? C’est ce
que nous invitent à croire les poéticiens comme Bhoja qui, dans leur
généalogie des sentiments esthétiques, font dériver toutes les émotions
d’une aptitude fondamentale à désirer, le désir étant nommé en
l’occurrence non pas « kâma », mais « srngâra »,
synonyme dont la coloration « amoureuse » est très vive.
Le « kâmasûtra » de Vâtsyâyana est le plus ancien
texte de l’Érotique indienne qui nous soit parvenu. Mais il est
l’aboutissement d’une tradition multiséculaire, illustrée par de
nombreux maîtres, dont Vâtsyâyana, d’autre part, a eu des
successeurs dont le plus notable est Kokkoka, auteur du « Ratirahasya »
(les Mystères de la volupté). Le principal commentaire au « kâmasûtra »
est la « jayamangalâ » de Yasodhara (13ème siècle).
Comme tant d’autres textes de l’Inde ancienne, le kâmasûtra
lui-même ne peut être daté avec certitude. Du moins sommes-nous sûrs
qu’il est antérieur au 8ème siècle de l’ère chrétienne,
puisqu’il en est fait état, dans le drame « Mâlatîmâdhava »
de ce Bhavabhûti qui fut un des poètes de la cour du roi de Kanauj,
Yasovarman, aux environs de 740.
Rédigé en une prose sèche et dense, beaucoup plus cursive,
cependant, que celle des « aphorismes » de la grammaire ou
même du Dharma (malgré ce que donne à croire le titre, qui signifie
« aphorismes sur le Désir »), le kâmasûtra comporte une
double division : chacun de ses sept livres est fait, d’une
part, d’un enchaînement continu de « motifs »; les
chapitres, qui sont deux au minimum, dix au maximum, par livre, se
terminent tous par une ou plusieurs formules en vers.
Un autre trait est que le dernier livre est « aupanisadika »
(ésotérique); ce n’est pas qu’il enseignerait des voluptés secrètes :
il traite des moyens artificiels, voire magiques, auxquels l’homme
peut recourir pour se donner une apparence séduisante (onguents,
poudres, collyres, amulettes, à distinguer des fards et ornements
innocemment et directement esthétiques), pour subjuguer la femme
qu’il convoite, pour accroître ou retrouver sa virilité, pour y
suppléer par des pénis postiches. La magie est ici aux confins de la
médecine. Curieusement, au milieu de ces recettes recommandées à
l’homme (même quand il s’agit de produits ou de formules à
appliquer sur le corps de la femme), surgissent des conseils de style
« artha » aux courtisanes vieillissantes sur l’art de
marier leurs filles à des jeunes gens de bonne famille.
Mis à part ce septième et dernier livre, le kâmasûtra est un livre
ouvert à tous; ce sont les Occidentaux qui en ont fait un texte
« for private circulation only » . Il est aussi peu
occulte que les innombrables sculptures érotiques qui ornent certains
des plus beaux temples de l’Inde et qui sont comme des traductions
visuelles des préceptes et descriptions du kâmasûtra.
A
vrai dire, la question du public est posée d’emblée. Aux
doctrinaires qui veulent interdire aux femmes l’étude du kâmasûtra,
puisqu’elles sont aussi exclues de l’étude du Veda et des textes
de Dharma, Vâtsyâyana répond que les femmes ont de toute façon la
pratique de l’amour, et qu’il n’y a aucune raison de ne pas leur
faire connaître le corpus théorique qui est à la source de cette
pratique (car toute pratique dérive d’une théorie). Il en est de
l’amour comme de la grammaire : on parle même sans savoir la
grammaire, et cependant l’usage de la langue est l’application des
règles de grammaire. Du reste, Vâtsyâyana ne veut pas donner à son
traité plus d’importance qu’il n’en a : les textes de
« kâma » sont utiles tant que la passion ne s’est pas
encore installée; une fois que la roue de la passion s’est mise à
tourner, il n’y a plus ni traité, ni progression réglée.
L’apprentissage du kâmasûtra est donc une bonne chose pour les
deux sexes. Mais il ne se déroule pas dans les mêmes conditions pour
les hommes et pour les femmes : les hommes ont à l’étudier en
tant qu’il complète les savoirs relatifs aux autres « buts »,
dharma et artha. Les femmes, au contraire, en font leur étude unique,
mais elles ne peuvent s’y adonner seules : jeunes filles, elles
doivent être guidées par les femmes expérimentées, amies plus âgées,
cousines, sœurs aînées, servantes fidèles, femmes du monde
devenues ascètes mendiantes; une fois mariées, c’est leur époux
qui doit veiller à leurs progrès. D’autre part, le programme d’études
n’est pas exactement le même : il est certes recommandé à
l’homme de savoir se rendre agréable par sa politesse et sa
culture, mais c’est avant tout aux femmes que Vâtsyâyana prescrit
une liste d’une soixante-quatre sciences auxiliaires du kâmasûtra :
musique, chant, dessin, décoration de toute sorte, jeux d’adresse,
art de préparer les onguents, les boissons, les plats cuisinés, de
soigner les fleurs et les animaux familiers, de réciter des vers, de
poser et résoudre des devinettes, de parler beaucoup de langues,
d’improviser le début d’un poème dont on aura proposé la fin,
etc. Les femmes qui possèdent ces talents ont un grand avantage sur
leurs rivales : courtisanes, elles s’élèvent au rang envié
de « ganikâ »; épouses des rois ou de grands
personnages, elles l’emportent sur leurs coépouses dans le harem.
Mais l’essentiel de l’art d’aimer n’est pas là : il est
dans la science des baisers, des caresses, des étreintes, science qui
doit être assimilée par les hommes comme par les femmes, et qu’ils
doivent mettre en pratique ensemble. Le but, en effet, est que
l’homme et la femme formant couple, définis abstraitement comme le
héros et l’héroïne procurent l’un à l’autre le désir le
plus vif. Le plaisir, chez les deux partenaires, est de même nature,
bien qu’il ne se déploie pas selon les mêmes rythmes, bien que
chaque sexe devine plutôt qu’il n’imagine le plaisir de
l’autre. Le plaisir éprouvé ne peut être que la conséquence du
plaisir donné. Et chaque étape de la progression du désir,
lorsqu’il est éveillé par les soins du partenaire, s’accompagne
d’un plaisir spécifique, préalable à la volupté finale. Cela
peut et doit faire l’objet d’un « sâstra » parce que
les humains se distinguent doublement des animaux; ils sont
disponibles pour l’amour et ses raffinements en permanence, et non
seulement pendant les brèves périodes de la poussée instinctuelle
du rut; il leur faut adapter le « kâma » aux autres
« buts » que leur assigne leur nature d’homme.
L’exposé que le kâmasûtra fait de cette science consiste surtout
en énumérations et classifications. Les organes sexuels de l’homme
et de la femme sont classés selon leurs dimensions; il faut en tenir
compte, dans la formation des couples, pour obtenir la combinaison
optimale. De même, sont classés les tempéraments, selon
l’intensité du désir et du plaisir qu’ils peuvent éprouver.
Nous avons aussi une typologie des liaisons, selon leur durée, leur
degré d’intimité, leur statut social. Les, baisers, les
embrassements, les accouplements sont groupés selon les organes
qu’ils mettent en jeu, les mouvements, les postures, les
manifestations secondaires et stéréotypées du plaisir qui les
accompagnent (griffures, morsures et cris), la position sociale
respective de chacun des amants, le rapport entre leurs actes et leurs
sentiments (fait-on l’amour avant d’être épris, ou parce qu’on
est déjà épris ? en désirant véritablement son partenaire, ou en
se servant de lui comme un substitut ?), etc. Parmi ces énumérations,
nous trouvons une liste de spécialités érotiques propres aux différentes
régions de l’Inde. Il existe aussi une typologie des querelles
d’amoureux, toujours destinées à préserver ou réveiller le désir
de l’autre.
Ces considérations occupent les deux premiers livres et concernent
l’homme et la femme en général. Les livres III à IV, en revanche,
traitent de situations plus particulières :
le mariage; l’art, pour un homme, de se choisir une épouse et,
après les noces, de l’initier à l’amour physique avec
patience, délicatesse et tendresse. Des huit types canoniques du
mariage hindou, c’est évidemment le mariage « gândharva »,
celui qui suppose l’inclination mutuelle des deux partenaires,
qui a la préférence de Vâtsyâyana.
les rapports entre époux; la femme parmi ses co-épouses :
comment elle peut gagner l’amour exclusif de son mari, et
comment elle doit, s’il le faut, s’effacer devant une rivale.
Comment l’homme qui a plusieurs épouses peut se montrer juste,
prévenant et aimant envers chacune d’elles.
le séducteur; ses stratagèmes pour obtenir l’amour des femmes
d’autrui; les limites que la bienséance et la morale imposent
à cette chasse. La vie de l’homme de plaisir; ce thème est déjà
abordé au livre I, chapitre 4, où sont décrits la maison et les
passe-temps du « nâgaraka », du jeune citadin riche
et raffiné : portrait du dandy ou du play-boy indien.
les courtisanes; leurs façons de faire pour conquérir un homme,
puis s’en débarrasser; l’art de mettre le « kâma »
au service de « l’artha », puisque le but de ces
professionnelles n’est pas seulement le plaisir mais aussi le
gain.
Ces découpages minutieux, bizarrement pédants, tantôt subtils, tantôt
naïfs, de la vie amoureuse peuvent surprendre le lecteur occidental :
la poésie, le tragique n’ont point leur place dans ces énumérations
à la fois sèches et verbeuses. Mais il serait injuste de ne pas
reconnaître la sereine allégresse de Vâtsyâyana, sa jubilation
discrète à nous faire découvrir le domaine qu’il a su dégager et
nettoyer de ce qui pouvait l’encombrer : le pur plaisir
amoureux, la pure forme de la connivence de l’homme et de la femme.
Certes, le cadre social et religieux est là, bien visible :
mais, par miracle, le cadre ici ne vient pas manger le tableau.
Vous pouvez désormais télécharger le logiciel du kâma sûtra, tout
à fait gratuitement. Ainsi, vous possèderez d'office les différentes
positions avec leurs détails directement de votre ordinateur. Il
fonctionne par un mot de passe (notez-le : KamaSutra Pass (respectez
bien les majuscules et espace) ainsi pas de risque que vos enfants y
entrent malencontreusement.